25/03 Marathon de Rome – Le compte-rendu de Marc

Marathon de Rome – Le compte-rendu de Marc Beffort :

Lundi matin au réveil, macérant dans mon acide lactique et perclus de douleurs musculaires, je furetais tranquille sur Facebook lorsque, stupéfait, je tombai sur un petit CR du marathon de Rome, signé Mikaël . Et en effet, la veille pendant la course et à la faveur d’un aller-retour aux abords du Stadio Olimpico, j’avais croisé l’immanquable singlet bleu blanc rouge du NAC, porté par une silhouette que, dans la cohue du peloton, je n’avais pas réussi à identifier. Il était encore trop tôt pour avoir des hallucinations (quoique).

A tout hasard, j’avais hurlé « Allez le NAC » mais j’ignore si mon encouragement a porté ou s’il s’est perdu dans les travées du stade, qui en a vu bien d’autres (le supporter de l’AS Roma est chaud mais celui de la Lazio, c’est encore autre chose).

Donc je savais ne pas être le seul nacqué à bord et notre pape Didier me le confirmait ce matin par les voies insondables de Facebook parvenues à un jet de (Saint) pierre du Vatican – alors là, ce jeu de mot, il est vraiment affligeant.

Bon. La conséquence était claire comme de l’eau bénite: moi qui aime romancer, enjoliver et inventer j’en serais pour mes frais. Pour ce récit, obligation de restituer une vérité factuelle irréprochable et inattaquable. Par les temps qui courent, c’est plutôt rare et ce n’est certainement pas l’oncle Donald qui me contredira. Mais pour le coup, il y aura parmi vous des témoins directs, interdiction de truander.

J’ai chaque jour un peu plus peur que mes envolées lyriques ne prennent la poussière et perdent leur amplitude, un peu à l’image de ma foulée de moins en moins fringante. Mais tant pis pour les tomates et les huées, je me lance une fois de plus. Si vous voulez du style, offre-vous un Marguerite Yourcenar. Si c’est du suspense et du trash qu’il vous faut, Pierre Lemaître n’est pas mal. Et si c’est de la poésie, je recommande Eluard, mais on peut discuter, c’est question de goût.

Rome, donc. Pour une dixième participation au marathon de la Ville éternelle. Cette fois encore, l’objectif était de partir à trois, de courir à trois et de franchir le fil d’arrivée à trois, sans se préoccuper du chrono. J’allais courir avec ma fille Elena et mon beau-fils François, deux jeunes et beaux athlètes tout ce qu’il y a de vaillant. Mais aussi avec une année de plus au boulier compteur (il en faut un désormais, sinon on perd facilement le compte). Et un genou en moins-mais les lecteurs du NAC sont assidus et attentifs. Ils le savent bien, je me suis  suffisamment épanché sur mes amputations.

Cette année, le parcours avait été légèrement revu. Pour un mieux, d’après moi, car il n’imposait plus le long trajet monotone vers le quartier périphérique des Parioli, qui constituait par le passé un passage passablement démoralisant. C’était le point faible d’un marathon qui se voulait le plus beau du monde. Au lieu de quoi, les coureurs resteraient concentrés dans le centre, à charge pour eux d’encaisser un rab’ de pavés et de routes cabossées ainsi qu’un léger supplément de tournicotes. Peut-être moins roulant, moins propice à la performance chronométrique mais au demeurant plus sympa.

Dimanche matin. Forts de nos expériences romaines des années précédentes et raisonnablement chargés en carbohydrates, nous avons quitté l’appartement vers 7:15, la fleur au fusil. Notre départ était prévu à 8:20, nous avions tout le temps du monde. Tu parles ! 45 minutes de marche forcée le long d’un parcours imaginé par un rond de cuir probablement mal luné de la fédération italienne d’athlétisme ou/et doté d’un sens de l’humour typiquement romain, suivies de 15 autres minutes proches du pugilat pour entrer dans notre box et c’est tout juste si nous avons eu le temps de nous débarrasser de nos ponchos. C’était parti. Météo parfaite : onze degrés, ni vent, ni soleil.

Une fois n’est pas coutume à Rome, nous avons pu courir à un rythme presque normal dès le départ (ça se gâterait plus loin) et ce malgré un nombre record de participants : 40.000 annonçaient les hauts parleurs, non sans une pointe d’orgueil. C’était 10.000 de plus que l’an dernier et nous étions déjà à l’étroit alors.

Nous avons très vite trouvé un rythme qui convenait à tout le monde et les premiers kilomètres sont passés sans coup férir. Piazza Venezia, Circo Massimo, Piramide Cestia : il ne faut pas courir nez à terre, tout en sachant éviter les nombreux pièges des routes en mauvais état. Le challenge est de taille. Au kilomètre 6, nous traversons une première fois le Tibre en franchissant le Ponte Spizzichino et juste derrière c’est la basilique San Paolo. Il s’ensuit une longue portion plate à travers les avenues ombragées de la capitale, puis sur le lungotevere. A gauche, c’est l’isola Tiberina puis un nouveau franchissement du Tibre nous jette sur l’extraordinaire via della Conciliazione avec en arrière-plan la place St.Pierre. On en oublierait Castel Sant’Angelo, tiens. J’ai beau être habitué, j’en reste baba à chaque fois. Nous faisons quelques mètres dans la Cité du Vatican, puis ce sont les avenues élégantes du quartier de Prati. Via Crescenzio, via Cola di Rienzo, Via Giulio Cesare. Francesca est postée au kilomètre 18, nous l’apercevons sans peine. Après toutes ces années à m’accompagner patiemment , elle a acquis un sens du placement imbattable. Le bisou fait plus d’effet qu’un gel et en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous passons le semi sans encombre. Elena confesse (normal, on vient de passer St.Pierre, l’esprit sain, tout ça) ne pas avoir de « super jambes » et c’est probablement ce qui m’autorise à rester calé sur un rythme de métronome qui me convient bien. François, comme toujours, profite des nombreux ravitaillements pour bâfrer. Il revient sur nous en deux coups de cuiller à pot, comme si de rien n’était. Je ne sais pas comment il fait. Il coache du petit matin à tard le soir, passe ses week-ends à peaufiner ses compétences de pompier et son job de commercial pour bîîîîp l’amène plus souvent qu’à son tour aux quatre coins du pays. Trois boulots, pas d’entraînement spécifique et ce matin, c’est à peine s’il transpire. Elena au moins, on sait d’où vient sa forme : pas de secret, à côté d’un mental en airain, 80 kilomètres de course par semaine. Toutes les semaines. Je suis très conscient que je ne dois ma place aux côtés de ce duo de jeunots qu’à leur grande mansuétude envers le troisième âge.

Direction le Stadio Olimpico. Hélas, cette année nous ne verrons le très spectaculaire Stadio dei Marmi, théâtre des Internationaux d’Italie de tennis, que de loin. Nouveau pont, nouvelle traversée du Tibre pour quelques kilomètres moins spectaculaires qui ne laissent rien présager de la fin en apothéose. Mais François s’est mis au diapason : il souffre de crampes et il reste encore 9 kilomètres. Je ne devrais pas l’écrire, mais cette mini-défaillance a quelque chose de profondément humain et c’en est presque rassurant. Nous nous rangeons sur le côté. Deux minutes de repos, un massage, un gel et le surhomme s’accroche. Il le fera jusqu’au bout. Puis, c’est en effet l’apothéose : lungotevere Flaminio, piazza del Popolo, piazza di Spagna. On enfile les perles et malgré l’absence de piazza Navona, le collier est magnifique. Y’a plus qu’à conclure. Francesca est de nouveau sur le parcours, fidèle parmi les fidèles, et réussit à se faire apercevoir malgré une foule compacte. Les rues sont étroites et il devient impossible de courir à vitesse constante. Mais, à force de slaloms et de « scusi, permesso » assortis, j’avoue, d’une poussette par-ci et d’une (léger) coup de coude par-là, nous arrivons au Circo Massimo pour l’arrivée (je ne vois pas trop ce qu’elle a de plus que l’ancienne ligne au Fori imperiali. Soit…). Ce fut une nouvelle fois un magnifique marathon, concentré de tout ce qui fait Rome : une désorganisation parfois exaspérante mais qui vous arrache toujours un sourire car, in fine, tout fonctionne; sous les graffitis immondes ou parfois une couche de saleté, émerge un patrimoine d’une inestimable richesse; derrière les coups de klaxon et la grossièreté crasse d’automobilistes pressés, il y  toujours la gentillesse désintéressée de la préposée au check in d’ITA Airways (private joke-spéciale dédicace) et une main tendue sans arrière-pensée. Rome, on adore la visiter et on déteste y vivre, mais la relation amour-haine finit invariablement du côté de l’amour.

Pour la dixième fois, je me dis OK, c’était très bien, mais il est temps de passer à autre chose. Pourtant, j’en suis déjà à guetter l’ouverture des inscriptions pour l’édition 2027.

Félicitations Marc!